Nouvelles du Cameroun : Enfants promoteurs de la paix

Novembre 2018 : La cohésion interculturelle dans les communes évolue

Elisabeth Munsch, chargée de notre projet pour la promotion de la paix et la stabilité à l’Extrême Nord du Cameroun raconte :

 

« A l’Extrême-Nord du Cameroun éprouvé par les actions terroristes, notre partenaire ALDEPA a eu une idée formidable pour promouvoir le vivre ensemble dans les villages : Chaque mois, la communauté est réunie sous un arbre pour discuter d’un thème qu’elle a choisi. Par exemple, ‘comment éduquer nos enfants ?’ ‘La famille socle de dialogue en famille’ où ‘une éducation sans violence en famille’.

On y trouve des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des enfants assis sur les nattes ou des sièges apportés par les participants. Les leaders religieux catholiques, protestants, églises de réveil, musulmans expliquent à tour de rôle ce que disent les écritures sur le sujet et ensuite on discute.

Les participants se rendent comptent que les textes sacrés, quelque soit leur appartenance religieuse préconisent des attitudes convergentes. Cette découverte a changé les vies au village : des familles qui ne se parlaient pas au paravent du fait de leur appartenance à une autre communauté de foi, commencent à se saluer, à se parler en dehors des réunions et les enfants jouent ensemble. Des liens de confiance commencent à émerger.

Cette initiative est un bel exemple qui nous interpelle :
et si nous faisions aussi comme ça chez nous au lieu de nous regarder avec suspicion ? »

Juillet 2018 : Des grands progrès dans le développement des mentalités

L’Extrême Nord du Cameroun est marqué par des grands progrès dans les mentalités. Aux communes du projet, un dialogue entre les religions et entre les générations était initié et se développe. Les chrétiens ne considèrent plus leurs voisins musulmans comme terroristes et les musulmans n’appellent plus les chrétiens infidèles.

L’incivisme diminue : Au début du projet, on ne se saluait pas entre personnes d’une autre religion, maintenant on travaille ensemble pour développer la communauté. Des chrétiens et musulmans s’assoient autour d’une même table et ont même partagé un repas, ce qui était impensable avant. La cohésion sociale grandit.

Même les conflits fonciers sont résolus : avant, les musulmans qui sont majoritaires dans la région, s’appropriaient toutes les terres et bouclaient même le forage à l’heure de la prière. Ces pratiques sont terminées et tous les habitants du village ont accès à l’eau commun.

Suit à l’initiative du projet, il y a régulièrement des rencontres interreligieux et intergénérationnels dans les villages. Les participants sont maintenant convaincus de l’importance de la paix pour la famille, la communauté et les villages environnants et ils ont compris la nécessité de se gérer et de protéger cette paix. Cela s’est traduit par du dialogue entre les générations. Des groupements interculturels se sont créés (groupements de jeunes, clubs interreligieux etc.) et réfléchissent sur ce qu’il faut faire pour vivre mieux en communauté. Un groupement de jeunes a initié le traçage des routes et la plantation d’arbres qu’ils ont arrosé jusqu’au début des pluies.

 

En juillet 2018, notre chargée du projet a rencontré des groupements initiés par notre projet. Un membre d’un club interreligieux raconte :

« Pour nous musulmans, les chrétiens étaient des esclaves. Et on les traitait comme tels. Leurs enfants n’avaient pas le droit de jouer au foot, mais devaient s’occuper du matériel et laver les maillots. Ils existaient des jours de bastonnade des chrétiens, les jeudis. Et on refusait de louer une chambre à un non musulman.

Avec les actions menées par le CIRAP [club interreligieux], après une année tout ceci n’existe plus. On joue ensemble au foot, les bastonnades n’existent plus, et ma famille a loué un studio à une chrétienne. Par notre action on a pris le risque d’être renié, mais aujourd’hui nous avons gagné. »

 

L’un des membres étaient le capitaine du fouet. Il se rappelle : « J’ai frappé, on ne savait même pas pourquoi. On a été éduqué comme ça. Quand je pense à tout ça aujourd’hui, j’ai honte de ce que j’ai fait avant. Pour le dialogue interreligieux, il a fallu beaucoup de temps. Et de patience. »

Echappées des geoles de terroristes

les extrémistes mettent le feu et sèment le désastre

Les familles qui habitent les zones frontalières sont soumises aux exactions et attaques répétitives d'un groupe terroriste. Lors de leurs attaques, les villages sont brulés, les familles séparées, de nombreuses personnes égorgées, brulées ou amputées.

 

Amina*, 9 ans, vivait avec ses parents et ses frères dans un village. Un jour, au petit matin, les hommes du groupe terroriste ont attaqué. Ce jour là, son père et ses frères ont été tués et leur maison brulée. Amina s’est retrouvée seule avec sa mère. Nous avons pu recevoir son témoignage :

destruction d'un village par les terroristes

« J’ai été enlevée avec 5 autres filles du village alors que nous étions allées chercher du bois. Nous avons fait 6 mois dans leur camp, enfermées dans une maison. Nous passions toute la journée à lire le coran. Ils nous disaient: « nous sommes votre nouvelle famille et vous devez nous obéir. Nous allons éliminer tous ceux qui sont infidèles à notre religion ». Un jour ils nous ont amené dans une chambre remplie de choses que nous n’avions jamais vues avant ; ils nous ont dit que nous allions attacher ces choses autour de notre ventre pour tuer les infidèles et que nous irions au paradis.

Les habitants fuient et vont se réfugier plus loin des frontières

Un jour, pendant que beaucoup de gardiens étaient partis, nous avons fuit. Quelqu'un nous a indiqué dans quelle direction marcher et nous avons fait 3 jours de marche en brousse. Arrivées au premier village, les membres du comité de vigilance nous ont conduites à la gendarmerie la plus proche. Après enquête, les 5 autres filles ont été remises à leurs familles et moi entre temps ils m’ont dit que ma maman est décédée de chagrin après avoir fait mon deuil. Les gendarmes m’ont amenée en ville dans une autre gendarmerie qui m’a confiée à une femme de l’Etat. Elle m’a accueillie et m’a inscrite à l’école.

Un jour de retour de classe, la dame m’a dit que ma grand-mère a été retrouvée et qu’on viendra me chercher pour me ramener chez elle. J’étais contente de la revoir.

Aujourd’hui j’habite avec ma grand-mère et mon cousin et je vais à l’école. J’ai beaucoup d’amis mais J’ai mal parce que mes parents et mes frères sont morts…».

 

*Nom changé

Démarrage du projet dans l'Extrême-Nord Cameroun

Du 24 au 31 janvier 2017, une partie de l’équipe ALDEPA et Elisabeth Munsch ont travaillé ensemble pour un bon démarrage du projet : Les enfants acteurs de dialogue pour la paix, la stabilité et le vivre ensemble dans l’Extrême-Nord Cameroun, co-financé par l’Union Européenne pour une période de 4 ans à compter du 1er Janvier 2017.


Ce projet novateur est un grand défi pour ALDEPA et KiRA.

En effet, il s’agira de

  • Développer et rendre opérationnels des mécanismes endogènes de dialogue pacifique interreligieux, interculturel et interrelationnel pour la paix et la stabilité au sein des communautés, promue par les enfants et les groupes sociaux structurés.
  • Promouvoir le leadership jeune pour une citoyenneté responsable et respectueuse de l’autre et du bien public.
  • Susciter et renforcer la participation citoyenne des jeunes pour une meilleure influence des politiques et actions publiques.

 

L’équipe ALDEPA et la chargée de projet KiRA ont pris du temps pour :

  • Peaufiner les stratégies d’action afin de maximiser leurs chances de réussite,
  • Préparer le travail de diagnostic participatif permettant de réaliser un état des lieux identifiant les problèmes et besoins des communautés en matière de cohabitation entre religions, entre ethnies, entre générations, les blocages à la participation citoyenne des jeunes, et à la collaboration avec les communes.
  • Confectionner une plaquette de présentation du projet, concevoir les différents outils de recueil des données et de capitalisation des résultats engrangés.

 

Après ces travaux préparatoires, l’heure est venue de se lancer dans l’action !

 

Un groupe d'enfants en train d'élaborer son plan d'action.

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